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LEVINAS Michaël

Préfixes II

  • Discipline / Instrument : Ensemble
  • Nomenclature : 1.0.1(+clB).0 / 1(+caisse claire).2(+caisse claire).1(+caisse claire).1 / hp / 2 claviers MIDI / 2perc / pno(+clavier MIDI) / 1.0.2.2.1
  • Genre : contemporain
  • Média : Matériel
  • Editeur : Lemoine
  • Réf. : 29475R
  • Date de parution : 02/04/2019

Création

15/04/2019 - Paris, La Scala, Concert anniversaire - Ensembles Le Balcon, L'Itinéraire, Florent Derex (projection sonore), Ircam-Centre Pompidou (électronique), Maxime Pascal (direction)

Dédicace

à Monsieur Lucien Adès

Notice

Préfixes II est une pièce basée sur une recherche particulière dans le domaine de la synthèse du son. Le point de départ de cette recherche consiste à réaliser sur l'ordinateur des hybridations de sons instrumentaux entre-eux. Plus précisément, il s'agit de centrer l'hybridation sur le "transitoire d'attaque" des sons. Très vite, j'ai obtenu des résultats sonores confirmant ainsi les intuitions que j'avais depuis longtemps. J'ai toujours pensé en effet qu'il existe des possibilités très spécifiques d'hybridations de transitoires d'attaque entre différentes familles instrumentales, entre voix humaine et instruments par exemple. Initialement, ces hybridations devaient obéir à des lois précises concernant les parentés de mode d'excitation des corps sonores, et tenir compte aussi de la cohérence des spectres harmoniques respectifs de deux sources sonores hybridées. Ce domaine de l'hybridation du transitoire d'attaque - moment névralgique et décisif du son instrumental - me semble représenter depuis toujours, d'une part, le développement indispensable de mes recherches sur "l'instrumental", et d'autre part, il me semble rejoindre la "vieille" préoccupation historique de la fusion dans les techniques orchestrales du XIXè et du XXè siècle.
Par ailleurs, la manipulation de ce moment névralgique (le transitoire) ouvre pour moi de nouveaux possibles dans l'imaginaire sonore.
J'ai pu - grâce à la synthèse de croisement - hybrider des instruments à vent avec de la percussion, des instruments à vent avec des consonnes émises par la voix humaine, la voix humaine avec des chutes de cymbales tournantes.
Dans un second temps, j'ai abordé le problème de la vélocité et de la phrase musicale. Il s'agissait de créer des phrases rapides (avec des structures rythmiques appropriées) dont chaque son serait hybridé.
C'est en décembre dernier que ces résultats furent obtenus. Ils m'ont permis d'aborder réellement la phase de composition musicale et d'écriture.
La réalisation de cette pièce posait en effet d'une manière nouvelle la notion de mixité entre sons directs et sons provenant de la synthèse et diffusés sur haut parleurs.
J'ai dû, pour des raisons techniques évidentes, renoncer à hybrider des sons instrumentaux en direct. Je ne voulais pas pour autant reprendre dans Préfixes le rapport classique entre bande et instruments. D'ailleurs, on ne peut pas parler ici de véritable musique mixte. En effet, chaque son obtenu sur ordinateur est enregistré sur l’échantillonneur et déclenché par clavier MIDI. On peut donc écrire et réaliser très précisément des rythmes et des unissons entre les instruments sur scène et leur version hybridée sur échantillonneur.
J'ai pourtant très vite renoncé à jouer sur le phénomène d'illusion et de fusion qui aurait pu laisser croire à l'auditeur que sons hybridés et sons naturels provenaient spatialement des mêmes sources. En revanche, l'utilisation de l'unisson entre instruments et sons hybridés, ainsi que la désarticulation dans l'espace (par voyage stéréophonique) de l'attaque et de la résonance des sons hybridés, l'écriture en décalage rythmique favorisant aussi la perception (décalée) des attaques instrumentales, l'utilisation (toujours rythmique) de l'écho m'ont ouvert des perspectives de mariages entre instruments et sons artificiels.
Ces catégories de l'utilisation de l'espace m'ont progressivement amené à une écriture radicale et polyphonique devenue l'essence formelle même de cette pièce : strette continue pouvant intégrer plus de trente parties réelles.
Cette strette est structurée sur des "phases" hybridées obéissant chacune à des accélérations et des ralentissements. Elles obéissent à dix augmentations et cinq diminutions proportionnelles. La superposition de ces "variations" et leur décalage progressif et calculé créent des "textures" rythmiques complexes et dynamisent la perception de l'hybridation des sons. J'ai été marqué ici par le traitement des motifs de la fugue de l'Opus 106 de Beethoven.
Ainsi, les sons instrumentaux (sur scène) sont intégrés polyphoniquement et rythmiquement à ces strettes. Ces polyphonies sont "voilées" harmoniquement (selon une technique que j'ai utilisé dans l'Ouverture pour une Fête étrange), par des spectres harmoniques obtenus par la synthèse de modèle de résonance.
Je considère Préfixes comme une première étape, allant dans une direction qui m'ouvre des perspectives dans le domaine du timbre et dans celui de son écriture.
Il est très probable que cette question de la syntaxe et du sens purement sonores de la "langue musicale" est le fondement de l'écriture et du travail sur l'hybridation dans Préfixe est une forme de cheminement de mon écriture.
La première version de Préfixe qui date de 1991 est antérieure à mes opéras (Go-gol - Le Manteau, les Nègres ou La Métamorphose) et Le Poème battu.
Dans toutes ces dramaturgies sur des textes (la relation entre le son et le sens) j'ai développé les recherches sur l'hybridation et la synthèse de croisement abordées dans la première version de Préfixes) notamment les injures tambourinées du théâtre de Genet, et les énumérations de Novarina... Un long travail sur les langues qui s'est poursuivi avec Le Petit Prince et La Passion après Auschwitz... Araméen, hébreux, français médiéval et les poésies de Paul Celan. Préfixes II est centré sur la forme et la langue strictement musicales... pas de texte, pas de narration...

Michaël Levinas


LEVINAS Michaël

Biographie

Michaël Levinas a suivi des études d'instruments, d'accompagnement au piano, de direction d'orchestre et d'écritures au CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique) de Paris. C'est ici qu'il rencontre Yvonne Loriod qui le fait rentrer dans la célèbre classe de composition d'Olivier Messiaen [...]

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