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PESSON Gérard

Future is a faded song

  • Discipline / Instrument : Piano et grand orchestre
  • Durée : 24'
  • Genre : contemporain
  • Média : Partition
  • Nombre de pages : 87
  • Format : A3
  • Editeur : Lemoine
  • Réf. : 29044
  • Date de parution : 05/10/2012
  • ISBN / ISMN : 9790230990448

Création

09/11/2012 - Zürich (Suisse), Tonhalle - Alexandre Tharaud (piano), Orchestre de Zurich, Pierre-André Valade (direction)

Commanditaire

Orchestre de la Tonhalle de Zurich, Orchestre symphonique de la Radio de Francfort et le Festival d'Automne à Paris

Notice

Le piano, dans cette espèce de concerto où la virtuosité est plus souvent en creux qu'en plein, prend immédiatement la parole avec trois notes directes et simples jouées d'une seule main (sol mi ré). C'est ce motif qui va générer la musique, ainsi d'ailleurs que les figures, les accords, les rythmes et les thèmes sont commandés par le piano devenu hyper-clavier de la machinerie symphonique, ou dompteur (notamment dans les mouvements de marche). L'orchestre, fait d'alliages et de découpes, est donc table d'harmonie, résonateur du soliste qui a lui-même son double - un second piano embusqué. Cet orchestre, comme une alarme trop sensible, va jusqu'à donner écho à des gestes pourtant muets du soliste. Le rôle générateur n'est inversé qu'une seule fois, à la mesure 300, lorsque les violons font entendre un thème tournant sur lui-même ensuite varié et orné par le piano dans un tempo légèrement ralenti.

Si cette musique est conçue a partir du piano, elle l'est plus particulièrement à partir du son et du geste si particuliers d'Alexandre Tharaud que j'ai étudiés pour former un timbre, une matière, et peut-être même un esprit qui nous soient communs. Si ce concerto avait une cadence, ce serait un chant joué dans le médium du registre (concerto pour la main droite ?), expressif mais nu, vibré mais immobile. Ce moment intervient exactement au milieu de la partition.
Le touché peu a peu se dilue en une empreinte si légère que seul le souvenir, la silhouette d'un motif oscillant ou exténué, tiennent lieu de musique. Musique d'un seul doigt parfois, épelant des fantômes de mélodies réduits aux intervalles originels (the faded song...), filant des unissons, dessinant un paysage à horizons diatoniques.

A cette blancheur mélodique répond la succession de moments musicaux construits en mosaique - on pourrait parler de glissando formel - sur des figures, des allures, des caractères qui scandent la forme comme un récit : signaux motiviques, notes répétées (sol mi ré toujours), ou seules, enfoncées fortissimo comme des clous, accords cloches, octaves arpégées, mécaniques, fanfares dans l'extrême grave, crescendi en ligne de fuite, glissandi rapides ou ultra lents qui sont comme la simplification de la ligne de chant.
Dans le troisième tiers de la partition, on peut isoler ce qui fait fonction de mouvement lent, un Adagio assai, emblème a l'expressivité suspendue ou désamorcée, encadré de deux marches venant se terminer sur une danse à trois temps à la basse obstinée. C'est sur une gymnopédie hybridée de berceuse (the last faded song) que vient s'arréter de battre le coeur de la machine.
Il y a des silhouettes dans Future is a faded song, mais pas a proprement parler de citation, excepté à la mesure 292 où les violons énoncent fugitivement le beau motif central du Frontispice de Ravel.

Alexandre Tharaud avait commandé, il y a des années, un concerto a Mauricio Kagel qui, déjà malade, lui avait dit au téléphone qu'il tenait une idée que personne n'avait jamais eu pour une telle oeuvre et qu'il ne lui révèlerait que de vive voix lorsqu'il viendrait à Paris. Il est mort quelques semaines plus tard, emportant son secret.
Ce secret m'a évidemment tourmenté et il est, presque malgré moi, au coeur du dispositif de Future is a faded song, comme un impossible à penser, une matière noire, un boson de Higgs qui aurait généré dans cette musique ce que j'ai appelé l'idée tombeau. Un bois dur venant fermer l'arrière-fond de rêveries et d'images, révoquer les vibratos et les traits lyriques, solder le legs d'enfances et de sortilèges, liquider les verroteries harmoniques ou formelles qui font le grand théâtre symphonique, replier cette mémoire tissée d'insistances, d'incertitudes et de contradictions.

Gérard Pesson (novembre 2012)


Future is a faded song est le fragment du troisième vers du poème III de The Dry Salvages, lui-même extrait de Four Quartets (1936-1942) de T.S. Eliot.

I sometimes wonder if that is what Krishna meant -
Among other things - or one way of putting the same thing:
That the future is a faded song, a Royal Rose or a lavender spray
Of wistful regret for those who are not yet here to regret...


Je me demande parfois si c'est bien ce que Krishna voulait dire -
Entre autres choses - ou manière de dire la même chose :
Que le futur est une chanson passée, une Rose Royale, un brin de lavande,
Regret mélancolique de ceux qui ne sont pas encore là pour regretter...

Traduction de l'anglais : Elena Andreyev


PESSON Gérard

Biographie

Né le 17 janvier 1958 à Torteron (Cher), Gérard Pesson poursuit d'abord des études de lettres et musicologie à la Sorbonne où il soutient une thèse sur L'Esthétique de la musique aléatoire, avant d'entrer dans les classes de Betsy Jolas et d'Ivo Malec au Conservatoire National Supérieur de Musique de Danse de Paris [...]

Concerts

Œuvres Récentes