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DUFOURT Hugues

L'Afrique d'après Tiepolo

  • Discipline / Instrument : Piano et ensemble
  • Nomenclature : 1(picc).ca.1(clB).0 / 0.0.0.0 / vib / 1.1.1.0
  • Durée : 23'
  • Genre : contemporain
  • Média : Partition
  • Editeur : Lemoine
  • Réf. : 28283
  • Date de parution : 17/06/2005
  • ISBN / ISMN : 9790230982832
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Création

23/04/2005 - Festival de Witten - Ensemble Recherche, Laurent Cuniot (direction)

Commanditaire

Ensemble Recherche et la WDR

Notice

Tiepolo est, au XVIIIe siècle, l'un des principaux représentants de la peinture religieuse et décorative du Rococo. Il fait du catholicisme une apothéose plasticienne. La réalité se dissout en visions transfigurées, en artifices de magnificence. Du monde il ne reste plus qu'un ciel argenté où les éléphants sont juchés sur des nuages, où des rondes d'anges forment des torsades flottantes. Tiepolo s'inscrit dans la tradition de Rubens alors que les partisans de Poussin commencent à l'emporter en Europe. Son ciel est une voûte allégorique improbable où la Renommée roule dans un abîme de silence et de solitude.
De 1751 à 1753, Tiepolo exécuta pour Balthasar Neumann, l'architecte le plus important du baroque tardif allemand, les travaux de décoration de la colossale Résidence de Würzburg. Il réalisa notamment les fresques qui ornent la voûte de l'escalier d'honneur, lequel occupe une place à part au sein du dispositif spatial de la résidence. Il s'agit d'un "théâtre de lumière". La cage d'escalier d'un château baroque revêtait une importance symbolique particulière car elle figurait à la fois le monde en abrégé et l'emblème du pouvoir. Tiepolo y aménage une immense narration et propose une déambulation en cinq stations, au cours de laquelle se découvrent les Quatre Continents.
L'Afrique, située sur le côté est de la voûte, en reçoit la lumière la plus crue, la plus complexe aussi, qui provient des embrasures des fenêtres ouest, en face, et de celles des fenêtres nord, par la gauche. On y distingue des groupes de marchands et de fumeurs, un chameau, des vendeurs de perle, une immense tente rayée bleu et blanc, puis l'Afrique en personne et le dieu Nil. Cette frise se présente comme le déploiement d'un processus unique qui produit des structures et les emporte aussitôt dans son cours. Svetlana Alpers et Michael Baxandall écrivent: "Le flux de la lumière est représenté comme le souffle du vent. Les étoffes flottent, les nuages courent au-dessus, les lances se courbent, les figures s'inclinent". L'espace tour à tour s'enfle ou s'amincit, s'étale ou se tord, se distend ou se brise.
L'Afrique, qui est déjà aux mains des prédateurs européens, est étrangement nimbée d'une lumière blafarde. On ne reconnaît plus dans ces nuages livides la blancheur ensoleillée des paradis de la culture pastorale. Le ciel est une étreinte.
La musique évoque le pâle soleil d'Afrique de Tiepolo et ses épaisses nuées de soufre. L'oeuvre musicale se définit par l'usage de la couleur. La substance sonore possède une organisation dynamique propre qui polarise et rythme l'espace bien avant que celui-ci ne devienne un objet de composition. Composer consiste à suggérer des impressions dynamiques avec des mouvements sans déplacement. Les nouvelles dimensions de la musique sont la profondeur, la transparence, la fluidité et la luminosité.
La musique du XXe siècle a essentiellement construit sa durée sur des édifices abstraits, cherchant à s'écarter par là de l'empirisme du sens intime. L'Afrique d'après Tiepolo marque un retour à l'intuition du temps et à la perception concrète du changement. Le continu y forme une réalité plus profonde que l'apparente discontinuité des phénomènes. L'espace n'est plus la pensée d'une immobilité. C'est une forme en puissance. Le changement n'est plus lié à la trajectoire, il suppose des transitions insensibles, des passages inassignables. La forme musicale devient un modelé de masses et de vides, un flux de forces et de valeurs.
Rien n'est plus propre à suggérer l'espace que la couleur, qui devient le vrai moyen du musicien. Les couleurs, en musique, dépendent de procédés d'écriture complexes dont elles sont la résultante hautement intégrée. Un même accord peut apparaître homogène en surface et hétérogène en profondeur, vif et translucide au premier abord et rugueux et sombre dans la sinuosité de ses replis, à l'image d'une tension naissante. La musique est un art de retouches.
Ecrite pour l'Ensemble Recherche qui en est, avec la WDR, le commanditaire, cette oeuvre comprend une flûte qui joue aussi la petite flûte, un hautbois qui joue aussi le cor anglais, une clarinette en si bémol qui joue aussi la clarinette basse, un piano, un vibraphone et un trio à cordes.

Hugues Dufourt

Enregistrement

1 CD Kairos (KAI0013142)
Hugues Dufourt : L'Afrique et l'Asie d'après Tiepolo
Ensemble Recherche


DUFOURT Hugues

Biographie

Hugues Dufourt privilégie les continuités et les lentes transformations d'un discours musical qui n'est que rarement interrompu. Il conçoit des formes par évolution de masses et travaille sur les notions de seuils, d'oscillations, d'interférences et de processus orientés. Pionnier du mouvement spectral, [...]

Concerts

    • 29.06.2017
    • Burning Bright
    • Strasbourg (France)
    • Cité de la musique et de la danse, Auditorium
    • Les Percussions de Strasbourg
    • 19.05.2017
    • L'Europe d'après Tiepolo
    • Würzburg (Germany)
    • Residenz, Kaisersaal
    • Etudiants de la Hochschule Würzburg, Robert HP Platz (dir.)
    • 19.05.2017
    • L'Afrique d'après Tiepolo
    • Würzburg (Germany)
    • Residenz, Kaisersaal
    • Etudiants de la Hochschule Würzburg, Robert HP Platz (dir.)

Œuvres Récentes